La consultation officinale

Publié le par Selda Prey

On apprenait, il y a un mois, la mise sur le marché d’une assurance complémentaire aux termes d’un accord signé entre trois syndicats de pharmaciens et deux mutuelles (MTRL à Lyon et les Assurances du Crédit Mutuel). Facturé 21 euros et intégralement remboursé au patient, le bilan de santé personnalisé effectué par le pharmacien et dans l’officine, dans un espace de confidentialité, soulève un véritable tollé auprès des médecins, mais aussi des infirmiers et certains pharmaciens eux-mêmes.

Chaque assuré, de la région lyonnaise, aura droit à un bilan tous les deux ans. Lors de cette consultation, le pharmacien et le patient rempliront ensemble un questionnaire concernant les analyses de laboratoires, les traitements en cours et les facteurs de risques.

C’est déjà le rôle du pharmacien que de prodiguer des conseils, notamment en matière d’observance du traitement, sans oublier son rôle dans la prévention, en particulier avec les brochures diffusées en officine.

De plus, avec cette consultation le pharmacien pourra proposer des médicaments homéopathiques, non remboursés par l’assurance maladie mais pris en charge par les mutuelles à hauteur de 50 euros par an. Pareil pour les actes de chiropractie, d’étiopathie ou d’ostéopathie remboursés à hauteur de 40 euros par séance et jusqu’à 4 séances par an. Il pourra de plus proposer les produits OTC (Over The Count – derrière le comptoir – médicaments sans ordonnance) classiques qui ne seront toujours pas remboursés.

Cet accord entre syndicats et mutuelles a été fermement condamné par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Il contrevient "gravement aux politiques publiques à conduire en matière de prévention, d’autant qu’il tendrait à accréditer, dans l’esprit des populations, la valeur préventive de médecines naturelles non éprouvées. Où se situe la limite de l’exercice illégal de la médecine ?"

La Csmf (syndicat de médecins généralistes) "réclame la suspension du dispositif, rappelant que seuls les médecins diplômés sont légalement habilités à donner des consultations médicales, à analyser des bilans biologiques et à détecter les facteurs de risque."

Les pharmaciens se défendent en annonçant qu’il n’y a "aucun risque d’exercice illégal de la médecine, étant donné qu’il n’y a pas d’ordonnance". Qu’il s’agit essentiellement d’une volonté de prévention.

Les mutuelles arguent de "la volonté du gouvernement de favoriser l’automédication".

L’URML (Union Régionale des Médecins Libéraux) "regrette profondément que ce type d’initiative ait pu être pris sans consultation préalable de toutes les parties concernées. Ce faisant, les acteurs de cette expérimentation prennent le risque de rendre plus difficile l’émergence de véritables partenariats de santé publique entre les acteurs de la prise en charge des patients que sont les médecins, les pharmaciens et les assureurs

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et pharmacienne de formation, n’a pas souhaité prendre de position.


Tant qu’il s’agit de prévention, d’aide à l’observance et de recommandations à aller consulter son médecin, la démarche ne me dérange pas, en dehors du fait qu’elle soit payante. Même si les mutuelles prennent en charge les frais, c’est aussi le rôle élémentaire du pharmacien.

En ce qui concerne les médecines naturelles, il est difficile de les conseiller sans sourciller. Sans vouloir les remettre en cause, d’autant qu’il n’y a pas d’études, il faut se méfier de ces médecines dites naturelles et en particulier de la phytothérapie qui sous ses aspects inoffensifs peut provoquer de graves intoxications lorsqu’elle est mal utilisée. Inutile de jeter le bébé avec l’eau du bain, mais une grande prudence est tout de même recommandée et s'en remettre à un spécialiste.

Pour les autres produits que l’on peut trouver en pharmacie, j’émets là encore une grande réserve. Produits que l’on ne peut appeler médicaments, vendus comme produit miracle, ils sont souvent totalement inefficaces et très onéreux. Ce n’est pas parce que c’est vendu en pharmacie que c’est du sérieux.

Quant à l’automédication… Je suis totalement contre sa banalisation. C’est là que le pharmacien joue pleinement son rôle et pas uniquement lors de sa "consultation". Les réactions intermédicamenteuses sont très dangereuses et seul le pharmacien est à même de nous renseigner.


Source : Le quotidien du médecin

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Selda Prey 24/07/2007 20:14

Nous sommes d'accord !C'est pourquoi les pharmaciens ne sont pas toujours les mieux placés pour le faire. Mais ce n'est pas une raison non plus pour ne pas le faire. L'impact ne sera pas terrible, mais si certains peuvent en bénéficier...

Bahar 24/07/2007 08:55

faire de la soit disant prévention pour faire de la prévention,ca ne sert à rien!il faut cibler les populations à risques!

Selda Prey 03/07/2007 21:27

Je crains que tu n'aies raison

Shamael 03/07/2007 17:30

On oublie que le pharmacien n'est plus ce qu'il était. On lui a retiré il y a un certain temps déjà un certain nombre de prérogatives et ces modifications dans son statut ont, de fait, entraînées des modifications dans la formation qui lui était prodiguée. . . il n'est donc souvent plus un auxiliaire de santé aussi efficace qu'il l'a été (je vais me mettre tous les pharmaciens qui lisent ça à dos).

Par ailleurs, je pense que la consultation du pharmacien risque d'entraîner le même biais dangereux que la consultation préalable du médecind traitant. . . c'est à dire une impression de sécurité. Résultat ce qui aurait du être un bien devient un mal. Ainsi récemment, les spécialistes ont vu arriver dans leur cabinet des patients atteints de maladies à des stades qu'ils ne voyaient plus, parce que la personne avait été voir son généraliste. . .

Quant à l'automédication, c'est la catastrophe qui nous guette.